Mon avis subjuguant

Je note ce à quoi je pense, pour pouvoir dire « je l'avais dit » si ça se réalise plus tard

Si on appelait les lignes de métro par leur couleur

Dans le système du métro parisien, chaque ligne est associée à une couleur qui la représente sur les cartes et les panneaux. La liste des couleurs est plus complexe que le simple rouge/bleu/vert/jaune adopté par des villes possédant moins de lignes que Paris. Chaque couleur est une teinte particulière portant un nom parfois proche du poétique, généralement faisant référence à une plante. Même les lignes de RER de la RATP (pas représentées sur l’illustration suivante) ne sont pas rouge et bleue, mais « Coquelicot » et « Cobalt ». Voici ce que donnerait le nommage des lignes du métro parisien si l’on remplaçait leur numéro par le nom de leur couleur :

Liste des lignes de métro avec leur couleur

Comment ne jamais faire des trucs

C’est un fait, la vie est pleine de choses à faire. Toutes ne sont pas agréables, mais à notre siècle et en notre continent, pourvu qu’on y passe un peu de temps, on peut vraiment faire de belles choses. Mais je ne suis pas homme à tomber dans cet écueil. Pour être sûr de ne jamais rien faire, j’ai instinctivement développé plusieurs techniques. Je vous fais part aujourd’hui de deux astuces très simples, et je vous les expose par l’exemple, la rédaction de ce billet elle-même aidant à l’avortement de plusieurs idées.

Notre premier moyen d’éviter de réaliser quelque chose va être de le raconter. J’ai pour exemple une idée qui me trotte dans la tête depuis plusieurs mois. Il s’agirait de dessiner un graphe qui relie des évènements, des personnes à des artistes, afin de schématiser ce qui m’a amené à connaitre tel artiste. Par exemple, si on considère que passer mes vacances d’été près de la Rochelle et que le film d’Alfred Hitchcock L’homme qui en savait trop m’ont amené à connaître Wax Tailor, on peut dessiner ce diagramme :

Un disque bleu noté La Rochelle et un disque jaune noté L'homme qui en savaient trop sont tous deux reliés à un disque vert noté Wax Tailor

En faisant ça pour plusieurs artistes, on se retrouverait avec un beau schéma qui pourrait se lire comme une histoire. Mais le faire prendrait du temps, et ce n’est pas notre but. Au bout d’un moment, il faut soit se lancer et le faire, soit se résoudre à l’idée de ne pas le faire. Et pour marquer le fait qu’on ne le fera pas, l’écrire est une bonne solution. J’avais quand même envie de raconter cette histoire, et je me suis dit que, pour les quelques artistes pour lesquels je brûle de voir ce graphique, j’allais simplement en écrire l’histoire. Pas de schéma, pas de liens visuels, juste des petites histoires. Mais cette envie d’écrire pour passer à autre chose n’a elle-même pas été réalisée (je suis d’ailleurs en train de l’écrire pour passer à autre chose, vous voyez le truc ?), grâce à une deuxième méthode d’évitement.

Une bonne astuce pour ne jamais faire les trucs qu’on veut faire, c’est de se trouver un choix à faire, et de repousser la date où on tranchera ce choix. Ça peut sembler être de la procrastination, mais avec un minimum d’énergie, on arrive vite à se convaincre qu’aucune solution n’est bonne, et donc qu’il vaut mieux abandonner et ne rien faire. Je reviens aux petites histoires qui auraient dû raconter comment j’ai connu les Monty Python grâce à un étonnant mélange d’Alain Chabat et de Kaamelott. Je m’apprêtais à coucher sur papier numérique (?) ces anecdotes, quand je me suis demandé « très bien, mais à quel endroit ? » Tumblr ? Mon principal, ou un nouveau ? Mon blog ? Facebook ? Ailleurs ? Et de simples arguments pour moi-même, tels que « t’as déjà ouvert trop de Tumblr inutiles » ou « ça polluerait ton blog avec des choses dont tout le monde se fout » ont suffi à décider que le problème était insolvable, et donc irréalisable. J’ai donc décidé de le remplacer par l’écriture du problème, qui elle était toute indiquée pour ce blog (cf. astuce #1).

En conclusion, on peut se demander comment j’aurais pu me soustraire à l’écriture de ce billet. Il aurait été absurde d’écrire que j’ai failli écrire un truc. Une solution, qui m’a effleurée pendant la rédaction, aurait été d’avorter le billet en plein pendant sa rédaction. La sensation de complétude de ce que je voulais faire aurait pu être déjà là, et je n’aurais jamais fini quoi que ce soit, fût-ce le billet qui expliquait comment ne jamais rien finir.

La semaine prochaine justement, nous vous expliquerons comment ne jamais laisser les choses avoir une fin, comme par exemple écrire un billet de blog à 23h pour éviter d’avoir à conclure la journée.

Les liaisons dangereuses

Récemment, un Odieux Connard publiait un récit futuriste. Dans sa vision du monde tel qu’il sera en 2059, l’orthographe aura été réformée. Elle se rapprochera d’un côté vers ce que la génération Skyblog a retenu des règles courantes, et d’un autre côté vers ce que les partisan(e)s de l’égalité hommes-femmes dans TOUS les domaines voudraient en faire. Je suis fasciné par cette nouvelle langue qui se crée dans son texte. Elle est d’une hérésie totale pour le puriste, mais reste toutefois compréhensible. Autant dire qu’elle aurait pu évoluer ainsi sans problème majeur, et être notre vraie orthographe. J’aimerais lister des règles qu’on peut tirer de ce récit, et tenter de les appliquer sur un texte lambda. Histoire de voir si elles tiennent vraiment le coup, mais aussi simplement de se faire plaisir avec de nouvelles règles.

Voici la liste des règles que je vais utiliser. Certaines sont présentes en grand nombre dans les dialogues d’Odieux connard, d’autres en sont déduites mais apparaissent moins. Enfin, il y en a aussi que j’ai rajouté a posteriori pour pousser au plus loin l’expérience de déformation de l’orthographe et mettre sa solidité au défi.

  • — La première et la deuxième personne du singulier se conjuguent comme la troisième lorsqu’il n’y a pas de différence de prononciation. Je peut, tu dit, je part.
  • — Dans les verbes conjugués sauf les auxiliaires, toutes les terminaisons qui se prononcent « é » s’écrivent « er ». Elle parter, j’ai manger, il avait.
  • — Le verbe « être » s’écrit toujours « été » lorsqu’il se prononce ainsi. On été parti, elle a été loin.
  • — Le verbe « être » à la troisième personne du singulier du présent de l’indicatif s’écrit « et »
  • — L’adjectif démonstratif « ce » et ses dérivés s’écrivent avec un « s ». Se, Sette, Ses, S’.
  • — La lettre « à » n’existe pas. Tout part a vau-l’eau.
  • — Les noms au pluriel ne sont pas différents des noms au singulier. Des chat.
  • — Comme les verbes, les mots qui terminent par le son « é » prennent leur terminaison en « er ». Un paver, un pier carrer.
  • — Devant « m », « b » ou « p », un « n » reste un « n ». Nonbre, Ponpe.
  • — Le son « feu » s’écrit avec un « f », pas avec « ph ». Un éléfant.
  • — Le son « i » ne s’écrit pas avec un « y » à l’intérieur des mots, mais avec un « i ». Psichologie, on y va.
  • — Le son « sseu » devant une voyelle s’écrit avec deux « s ». Un seul « s » suffit au début d’un mot. Passient, dousseur, garsson, sourire.
  • — L’accent circonflexe n’existe pas. Il peut être omis ou remplacé par un accent aigu ou grave sans règle précise. Forét, chateau, tète.
  • — On féminise ostensiblement tous les métiers, titres, postes… Ministresse, auteure, docteure.
  • — On utilise « dame », jamais « demoiselle », ainsi que pour leurs dérivés. Madame de Maupin.
  • — On accorde en genre les adjectifs selon la règle de proximité. Les hommes et les femmes sont belles, une chienne et un chien affamés.
  • — On ajoute le pronom personnel indéfini pour la troisième personne du pluriel « ons ». Ons composent une équipe mixte.

Voici maintenant, devant vos yeux saignant et vos neurones en ébullition, un massacre de Candide ou l’optimisme :

Il y avait en Westfalie, dans le chateau de monssieur le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garsson a qui la nature avait donner les moeur les plus dousse. Sa fisionomie annonsser son ame. Il avait le jugement asser droit, avec l’esprit le plus simple ; s’et, je croit, pour sette raison qu’on le nommer Candide. Les ancien domestique de la maison soupssonner qu’il été fils de la soeur de monssieur le baron et d’un bon et honnete gentilhomme du voisinage, que sette dame ne voulut jamais épouser parsse qu’il n’avait pu prouver que soissante et onze quartiers, et que le reste de son arbre généalogique avait été perdu par l’injure du temps.

Monsieur le baron été un des plus puissant seigneur de la Westfalie, car son chateau avait une porte et des fenetre. Sa grande salle mème été orner d’une tapisserie. Tous les chien de ses basse-cour composer une meute dans le besoin ; ses palefreniers été ses piqueur ; le vicaire du village été son grand-aumonier. Ils l’appeler tous monsseigneur, et ils rier quand il faiser des conte.

Madame la baronne, qui peser environ trois sent cinquante livre, s’attirer par la une très grande conssidération, et faiser les honneur de la maison avec une digniter qui la render encore plus respectable. Sa fille Cunégonde, âger de dix-sept an, été haute en couleur, fraiche, grasse, appétissante. Le fils du baron paraisser en tout digne de son père. Le préssepteur Pangloss été l’oracle de la maison, et le petit Candide écouter ses lesson avec toute la bonne foi de son age et de son caractère.

Pangloss ensseigner la métafisico-théologo-cosmolonigologie. Il prouver admirablement qu’il n’y a point d’effer sans cause, et que, dans se meilleur des monde possible, le chateau de monsseigneur le baron été le plus beau des chateau, et madame la meilleure des baronne possible.

Il et démontrer, diser-il, que les chose ne peuvent pas étre autrement ; car tout étant fer pour une fin, tout et néssessairement pour la meilleure fin. Remarquer bien que les nez ont été fer pour porter des lunette ; aussi avons-nous des lunette. Les jambe sont visiblement institué pour être chausser, et nous avons des chausse. Les pierre ont été former pour étre tailler et pour en faire des chateau ; aussi monsseigneur a un très beau chateau : le plus grand baron de la provinsse doit être le mieux loger ; et les cochon étant fer pour être manger, nous mangeons du porc toute l’anner : par conséquent, seux qui ont avansser que tout et bien ont dit une sottise ; il faller dire que tout et au mieux.

Candide écouter attentivement, et croyer innossemment ; car il trouver madame Cunégonde extrêmement belle, quoiqu’il ne prit jamer la hardiesse de le lui dire. Il concluer qu’aprer le bonheur d’être ner baron de Thunder-ten-tronckh, le second degrer de bonheur été d’étre madame Cunégonde ; le troisième, de la voir tous les jours ; et le quatrième, d’entendre maitre Pangloss, le plus grand philosophe de la provinsse, et par consséquent de toute la terre.

Un jour Cunégonde en se promenant auprer du chateau, dans le petit bois qu’on appelait parc, vit entre des broussaille le docteur Pangloss qui donner une leçon de fisique expérimentale a la femme de chambre de sa mère, petite brune très jolie et très dossile. Comme madame Cunégonde avait beaucoup de disposition pour les siensse, elle observa, sans souffler, les expérience réitérer dont elle fut témoin : elle vit clairement la raison suffisante du docteur, les effet et les cause, et s’en retourna toute agiter, toute penssive, toute remplie du désir d’étre savante, songeant qu’elle pourrer bien étre la raison suffisante du jeune Candide, qui pouver aussi étre la sienne.

Elle rencontra Candide en revenant du chateau, et rougit : Candide rougit aussi. Elle lui dit bonjour d’une voix entrecouper ; et Candide lui parla sans savoir ce qu’il diser. Le lendemain, aprer le diner, comme on sorter de table, Cunégonde et Candide se trouvèrent derrière un paravent ; Cunégode laissa tomber son mouchoir, Candide le ramassa ; elle lui prit innossemment la main ; le jeune homme baisa innossemment la main de la jeune dame avec une vivassiter, une senssibiliter, une grasse toute particulière ; leurs bouche se rencontrèrent, leurs oeil s’enflammèrent, leurs genou tremblèrent, leurs mains s’égarèrent. Monssieur le baron de Thunder-ten-tronckh passa auprer de paravent, et voyant sette cause et set effet, chassa Candide du chateau a grands coup de pier dans le derrière. Cunégonde s’évanoui : elle fut souffleter par madame la baronne der qu’elle fut revenue a elle-mème ; et tout fut consterner dans le plus beau et le plus agréable des chateau possible.


Force est de constater en lisant ce texte que notre lecture est ralentie, par plusieurs cailloux. L’absence de marque du pluriel sur les mots nous semble en contradiction avec les articles qui les précèdent. On se demande alors un bref instant si le nom est au pluriel ou pas. Le verbe « être » souvent conjugué en « été » nous arrête aussi. On doute du temps qu’on lit : imparfait, ou passé composé ? Un autre doute s’installe encore plus fort, entre les verbes du premier groupe à l’infinitif, qui terminent en « er », et les verbes à l’impératif, qui terminent donc aussi en « er ». Cette profusion de « er » est d’ailleurs esthétiquement gênante, et aussi fonctionnellement : ils permettent d’habitude d’isoler les verbes non-conjugués du reste. Ici, ils mélangent tout : verbes non-conjugués, verbes conjugués, et même noms communs.

Si on voulait trouver un avantage à notre orthographe actuelle, on dirait donc qu’elle se lit plus vite, en permettant de discerner rapidement par leur grande variété d’orthographes possibles les fonctions des mots, leur conjugaison, leur nombre… D’un autre côté, on se rend compte que simplifier les règles, et s’approcher du paradigme « un son, une orthographe » ne crypte pas significativement le sens de ce que l’on écrit.

Quels critiques cinéma écouter ?

Ça finit par se savoir, les critiques cinéma n’ont pas toujours raison. Ou tout au moins, vous n’êtes pas toujours d’accord avec elles. Questions de sensibilité, de subjectivité, question de goûts. Mais y a-t-il des critiques avec lesquelles vous êtes plus souvent d’accord que d’autres ? Y a-t-il une critique cinéma telle que si elle a aimé un film, il y a 80 % de chances que vous l’aimiez ? Au contraire, y en a-t-il une autre qui vous donne 80 % de chances d’aimer un film qu’elle déteste ? Et si vos critiques les plus proches n’ont pas vu le film, y a-t-il un magazine qu’il vaut mieux écouter, selon vos goûts ? Si on savait ça, les critiques de cinéma seraient fort utiles pour nous conseiller comme il faut des films, ce qui est a priori leur objectif.

Comment on peut savoir quelle est la critique dont les goûts sont les plus proches des nôtres ? Il faut comparer leur avis au nôtre, sur des films qu’on a vu. Alors on fait un site Internet, qui va devoir récupérer les critiques des journaux (magazines/sites internet… Disons « journaux »). On ne va pas juste balancer les critiques telles quelles. D’abord ça plairait pas aux journaux, et ça donnerait un jugement trop simpliste sur la critique : oui je suis d’accord avec tout ce qui est dit, ou non je réfute tout ça et son auteur. On va plutôt extraire plusieurs faits qu’exprime la critique sur le film. On mélange tous les extraits de critiques de tous les auteurs, et on les présente à l’internaute. Pour chaque bout de critique, il dit s’il est d’accord ou non, et on modifie en conséquence le score de l’auteur de la critique, et le score du journal qui la publie. Avec une interface chiadée et totalement 2.0, par exemple :

Exemple d'extrait de critique, et 3 boutons pour donner son avis : oui, non, bof.

Je vous laisse extrapoler le reste : le site vous donne un pourcentage de compatibilité avec un auteur, ou un magazine. Il vous propose d’abord un nombre raisonnable d’avis à juger, puis vous invite à continuer si vous n’en avez pas marre, pour affiner les résultats. Bien sûr, il vous offre en page d’accueil les derniers films sortis. Pour chacun, il vous donne un lien vers les critiques, triées de la plus à la moins « compatible ». Il peut aussi différencier les critiques selon le genre du film… tout ça. Mais une fois que vous pouvez trouver votre score de compatibilité avec un auteur et un magazine, le but est déjà atteint.

On voit vite les limitations : ça manque d’automatisme, il faudra quelqu’un pour découper les critiques toutes les semaines. Du côté utilisateur aussi, avoir un score crédible demande de l’investissement de temps. Et il ne sera pas payant rapidement : les auteurs de critiques sont nombreux, et pour voir 2 films qu’un même critique a vu, il faut déjà avoir de la chance. Alors voir (et noter sur le site) assez de films pour avoir un résultat statistique crédible va être très dur. Enfin, on remarque aussi rapidement qu’il n’est pas facile de découper une critique : les auteurs donnent souvent une ambiance à leur critique tout au long du texte, sans lister des arguments clairs pour ou contre le film. Sur le film que je vous ai choisi comme exemple, on peut lire « Les costumes sont très bien, les décors, fabuleux, mais le film n’est que le musée d’un rêve enfui. » La première partie, on peut facilement être d’accord ou non avec. La seconde, il faut d’abord la comprendre. Pensez-vous que la Menace fantôme n’est que le musée d’un rêve enfui ? À vous de juger.

Google, embulle moi !

Si vous cherchez des raisons de ne pas utiliser Google, vous allez peut-être tomber sur cette théorie : le moteur de recherches de Mountain view vous enferme dans une bulle. Puisqu’il vous suit à la trace et vous connait si bien, il va essayer de vous proposer un contenu qui vous plaira. S’il pressent ou s’il sait que vous préférez les articles du Figaro aux autres, il fera ressortir ceux-ci lors d’une recherche à propos d’une actualité. Autre exemple de dontbubble.us : lors de recherches sujettes à polémique (les armes, l’avortement…) le moteur mettra en premier les liens qui correspondent à votre idée sur la question. On comprend immédiatement le concept de la bulle : vous êtes conforté dans vos opinions, ne voyez pas les arguments qui s’y opposent, bref, vous ne remettez plus rien en question.

Autre fonctionnalité du moteur de recherche : il met en avant les contenus que vos amis ont partagé, sur son réseau social Google+.

Deux liens partagés par mes amis sur Google+ pour la recherche Facebook

La recherche de "Facebook" me présente 2 liens partagés par des connaissances sur Google+

Sur cet exemple, la 1ère page de recherche de Facebook est complétée par 2 liens que des connaissances pour partagé, ou plussoyé, sur Google+. Notez que je n’ai pas de compte Google+, ces deux personnes sont simplement dans mon carnet d’adresses Gmail.

Mais ça, c’est super, non ? Combien de fois ai-je vu un lien sur Twitter, que j’ai voulu montrer 5 jours plus tard à quelqu’un, mais qui était noyé et impossible à retrouver dans ma timeline ? Si j’avais pu chercher dans Twitter le sujet de mon lien, et qu’il me sorte en premier les résultats de ma timeline, ça aurait été génial  !

Autres applications : je cherche une nouvelle série anglaise (les meilleures) à regarder. Il est clair que je ne vais pas en prendre une au hasard ! Je vais chercher ce qui a plu à mes amis, ce qu’on m’a recommandé. Si Google savait me lister les séries plussoyées par mes amis, ça m’aiderait beaucoup. Pareil quand je cherche de la musique folk à écouter pendant que je travaille. Je n’y connais absolument rien, mais j’ai 2 amis qui sauraient me conseiller. Mais aucune chance que la requête « Album folk anglophone » m’aiguille d’une quelconque manière parmi les choix de mes amis. Enfin, un dernier cas pratique : je suis à Paris, que je ne connais pas, et je cherche un bon bar. Si « bar rue Mouffetard » avait pu me ressortir les conseils d’un ami, je ne serais pas entré dans un des 2 bars qu’il m’avait formellement déconseillé (true story). Alors vas-y Google, puisque tu fouilles mes mails, puisque tu conserves mes recherches, puisque tu connais mes amis, vas-y, conseille-moi comme ils le feraient !

Mais là on bute par deux fois : on but techniquement, et socialement. Commençons par la technologie : mes amis mélomanes auront beau avoir plussoyé, liké, partagé leurs artistes de folk favoris, Google sera incapable de distinguer un plussoiement sur un chanteur folk d’un plussoiement sur une marque de viande. De même, il ne saura pas quelle série est anglaise et laquelle est américaine ; et il saura difficilement quels bars conseillés par mes amis sont dans la rue Mouffetard de Paris. Pour ça, il faudrait passer à ce qu’on prédit depuis des années : le web sémantique. Le web que les machines comprennent. Que quand tu lui dis « The IT crowd », lui lui colles aussi une petite étiquette « anglais », une petite étiquette « drôle » et une petite étiquette « geek » (là où tu colleras « américain », « prévisible » et « attention geeks clichés » à The big bang theory). Ainsi, tu pourras demander au web une série anglaise, et il comprendra ce que tu veux, et il fera le tri parmi les 150 séries likées par tes amis avant de te les présenter. Tes amis qui likent toutes les séries qu’ils apprécient, bien sûr.

Et c’est le problème social : encore faudrait-il que vos amis partagent ce qu’ils aiment sur Internet. Qu’ils likent les artistes, qu’ils plussoient les séries, qu’ils partagent les bonnes adresses. Et je crois qu’on ne peut raisonnablement pas leur faire passer un petit questionnaire à la fin de chaque saison d’une série : avez-vous apprécié cette saison ? Où la situez-vous par rapport aux précédentes ? Appréciez-vous le nouveau Docteur ? Voulez-vous réviser votre note globale de la série ? La conseilleriez-vous lors d’une dépression ? La conseilleriez-vous pour se détendre ? La conseilleriez-vous pour les fêtes ? etc.

Et je vous parle même pas des autres problèmes : comment on dit qu’un bar est pourri, tant que les réseaux sociaux sont sur le mode binaire « J’aime » — « Je ne dis rien » ? Comment on fait si on veut liker dans Facebook, noter les chansons dans Spotify, et avoir les résultats dans la recherche Google ?

Quand tu sauras faire ça, Google, tu pourras m’embuller. D’ici là pour avoir leur avis, je contacterai mes amis directement. Tu sais, le truc que Facebook permet très bien, ce qui fait que j’ai pas besoin de le quitter pour toi, puisque tu n’apportes rien de plus.

La vie privée, un problème de vieux cons ?

Je viens de terminer le livre de Jean-Marc Manach, La vie privée, un problème de vieux cons ? J’en avais vu une promotion dans le podcast d’Écrans.fr, où l’auteur expliquait un point de vue un peu particulier : pour lui, Facebook, ce n’est pas de la vie privée, mais de la vie publique. Une idée qui ne m’emballait pas beaucoup, mais en amateur de son blog, j’ai quand même acheté son livre. Et c’est tant mieux !

On commence en effet avec Facebook, les gens licenciés à cause de leur profil, et le sexting. On comprend bien comment les jeunes — moi inclus, en fait — voient leur vie privée aujourd’hui : comme le droit de la divulguer uniquement aux personnes qu’ils souhaitent. Mais on passe vite sur cette question, pour aller sur le grand dada de Jean-Marc Manach (et le mien, j’ai pas lu Kafka et Orwell juste avant pour rien) : la société de surveillance. Le livre est une sorte de best-of du blog de Manach, une photographie de ses chevaux de bataille depuis quelques années. Et ce n’est pas dommage, puisque le blog est assez indigeste, tant il part en divagations et en « rappels des épisodes précédents » (25% des fichiers policiers sont illégaux, je crois que je ne l’oublierai jamais). Donc ce livre est le bienvenu pour avoir un état-de-l’art de la surveillance en France. Le constat est évidemment tout autant passionnant qu’affligeant, et énerve, et rend encore plus parano (mais qui est parano ? nous l’allons montrer tout à l’heure).

Le livre est bourré d’arguments anti-surveillance, et j’aurais dû, en le lisant, mettre des « Oui, très juste » dans la marge à chaque fois qu’une chose intelligente est dite. Mais j’écris pas sur les livres. J’ai tenté de retrouver certains passages que je note ici. Pour y revenir quand je manquerai d’arguments, et en attendant de surligner le livre. À cet effet, on lira en librairie le premier chapitre, bourré de faits surprenants, qui spoilent malheureusement un peu le livre, mais l’entrée en matière est impressionnante.

La sécurité par mot de passe (p.62)

Quand je signais mes mails avec mon identifiant et mon mot de passe, ce n’était pas seulement de la provocation : ma sécurité est basée sur le fait que je sauvegarde mes données ; pas sur un secret qui risquerait — si je le croyais protégé — de m’être préjudiciable

(Laurent Chemla)

La vie privée en réseau (p.69)

Les utilisateurs de réseaux sociaux ont ainsi développé une nouvelle appréhension qu’ils qualifient de « vie privée en réseau », selon laquelle une information est et demeure privée dès lors qu’elle reste confinée au cercle d’amis au sein duquel ils l’ont eux-mêmes rendue publique, ou tant qu’elle n’affecte pas leur réputation numérique lorsqu’elle est republiée par des tiers.

L’escalade de la sécurité (p.126)

C’est une pensée magique : si nous nous protégeons de ce que les terroristes ont fait la dernière fois, nous nous protégeons de ce qu’ils pourraient faire une nouvelle fois. Bien sûr, ça ne marche pas. Nous interdisons les armes et les bombes, les terroristes utilisent des cutters. Nous interdisons les cutters et les tire-bouchons, les terroristes cachent leurs explosifs dans leurs chaussures. Nous vérifions les chaussures, ils utilisent des liquides. Nous restreignons la possession de liquides, ils cousent l’explosif dans leurs slip. Nous installons des scanners corporels, ils utiliseront autre chose. C’est un jeu stupide, nous devrions arrêter d’y jouer.

(Bruce Schneier)

Qui sont les paranos ? (p.138)

Le problème, c’est le voyeur, pas celui dont l’intimité ou la vie privée est ainsi violée. Les paranoïaques ne sont pas ceux qui s’étonnent d’être surveillés, mais ceux qui veulent surveiller tout le monde à tout prix

Si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’avez rien à cacher (p.139)

Les milliers de Français nés à l’étranger qui, l’an passé, ont connu les pires difficultés pour renouveler leurs papiers, parce que suspects de fraudes aux titres d’identité par des fonctionnaires tatillons ou suspicieux, devant leur rapporter moult preuves de filiation et de nationalité, n’avaient rien à cacher.

Ce SDF qui s’est vu refuser le renouvellement de son RSA, au motif qu’il était trop propre, tout comme cette mère de famille qui a connu pareille mésaventure parce qu’on la soupçonnait de ne plus être célibataire, et qui a dû faire le tour de ses voisins pour leur demander de témoigner qu’aucun homme ne vivait chez elle (la contrôleuse de la CAF est venue fouiller ses tiroirs en lui demandant à qui appartenait les petites culottes), n’avaient, eux non plus, rien à se reprocher.

Branly Nsingi, un Congolais de 21 ans résidant en France, parti en vacances en Côte d’Ivoire et qui y est décédé d’une crise cardiaque après que les autorités l’ont empêché de rentrer à Paris parce que son passeport n’était pas biométrique (le même avait pourtant été validé au départ), ou encore ces 32 Marocains placés en rétention, et expulsés, alors qu’ils rentraient tranquillement chez eux, n’avaient rien fait de mal, ce qui ne les a pas empêché d’être pris dans la masse de cette société de surveillance qui renverse la charge de la preuve. […]

Le problème, ce n’est pas Orwell, c’est Kafka. […] l’impuissance et la vulnérabilité créée par une utilisation de données qui exclut la personne concernée de la connaissance ou de la participation dans les processus qui la concernent. Le résultat est ce que produisent les bureaucraties : indifférences, erreurs, abus, frustrations, manque de transparence et déresponsabilisation.

La vidéo surveillance contre le crime (p.146)

S’il fallait tout mettre en oeuvre pour que la peur « change de camp », le meilleur moyen serait d’installer des caméras… à l’intérieur de nos maisons […]

Toutes les enquêtes de criminologies montrent que l’espace le plus criminogène, c’est-à-dire où se commettent le plus d’infractions dans nos villes contemporaines, ce n’est pas la rue, mais c’est notre domicile et surtout nos chambres à coucher. C’est là où sont commis les violences conjugales, les cas d’inceste, de viol, de maltraitance d’enfants, etc.

Quand avoir accès à des livres et sortir sans son téléphone portable rend suspect (p.159)

Une journaliste allemande, Anne Roth, a ainsi chroniqué son quotidien de femme de « terroriste »n après que son sociologue de mari, Andrej Holm, est arrêté en 2007 et accusé de participation à une organisation terroriste. Les policiers n’avaient aucune preuve. Mais après les avoir placés sous surveillance pendant un an, ils ont estimé avoir réuni suffisamment d’éléments indiquant des « intentions conspirationnistes » : il avait en effet effectué des requêtes sur des moteurs de recherche, et écrit des textes comportant certains mots-clés suspicieux tels que « embourgeoisement » (gentrification) et « inégalité », utilisés par une organisation radicale identifiée comme terroriste, le Militante Gruppe (MG).

Il avait également accès, « en tant que collaborateur d’un institut de recherche, à des bibliothèques qu’il [pouvait] utiliser en toute discrétion pour mener les recherches nécessaires à la rédaction des textes » du groupe terroriste recherché, et son bagage intellectuel, son engagement politique et ses réseaux militants dans les milieux d’extrême-gauche pouvaient laisser supposer aux forces antiterroristes qu’il aurait pu en être l’auteur. De plus, son e-mail n’était pas de la forme prenom.nom@, et il lui arrivait de ne pas préciser (au téléphone) la raison pour laquelle il donnait rendez-vous à ses amis. L’acte d’accusation a précisé à ce titre que lui et certains de ses contacts « ont régulièrement convenu de rencontres, sans en évoquer le lieu, le moment et la nature ». Pire : il lui arrivait même de ne pas prendre son téléphone portable avec lui. C’est donc qu’il avait des choses à se reprocher, et les autorités y ont vu un « comportement conspiratif ».

Le passeport biométrique, la carte d’identité biométrique… au fait, c’est pas fiable la biométrie. (p.174)

Philippe Wolf, responsable du centre de formation de la Direction centrale de la sécurité des systèmes d’information (DCSSI, dépendant de Matignon), avait ainsi déconseillé, en 2003, l’utilisation de la biométrie en matières d’authentification, et s’inquiétait de voir la sécurité sacrifiée sur l’autel du côté « mode » de la biométrie et de ses promesses futuristes, mais non validées.

Interviewé en 2006 dans l’émission On ne peut pas plaire à tout le monde au sujet du « boum des faux-papiers », j’expliquais que les terroristes réussiront de toute façon à se fabriquer de faux passeports biométriques, tout comme les criminels en cols blancs et les mafieux, les espions également, donc ce pour quoi a initialement été conçu tout cet arsenal sécuritaire, ne va pas fonctionner. À ma grande surprise, Patrick Mauduit, conseiller technique auprès du syndicat [policier] Synergie Officiers, et Christophe Naudin, du département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines (DRMCC) de Paris II, à qui, apriori, j’étais censé faire la claque, ont abondé dans mon sens, reconnaissant qu’il était erroné de les présenter comme infalsifiable.

Un peu de démocratie directe via les Internets

Les Suisses votent beaucoup. Les referendums sont fréquents chez eux, comme moyen de résoudre des questions de société. Les États-uniens vont moins souvent aux urnes, mais lorsqu’ils y sont, ils en profitent pour régler aussi quelques questions d’administration, comme Doit-on légaliser le cannabis pour les homosexuels mexicains ?

En France, on se déplace une fois toutes les 60 lunes, pour dire « Prenez cette poignée de gars-là, et considérez bon ce qu’ils disent pour les 5 ans à venir ». Est-ce qu’on pourrait insuffler de la directitude dans cette démocratie ?

Je pense à des décisions locales. Par exemple, quand Dieudonné prévoit un spectacle dans une ville, il arrive que le maire prenne un arrêté pour interdire ceci (et parfois, Dieudo feinte). Donc le maire décide qui peut faire des spectacles dans sa ville, et donc, à quels divertissements ses administrés auront droit. Dans ce cas finalement peu grave, ne pourrait-on pas donner le choix aux habitants, directement ? Qu’ils disent, si ça leur pose problème que tel humoriste pose les pieds dans la ville, ou non.

On est d’accord que ça vaut pas le coup d’ouvrir des bureaux de votes non plus. Pourquoi ne pas faire ça sur Internet ? Une page de votes, où les habitants auraient des décisions à prendre de temps en temps. Les votants iraient chercher un premier mot de passe en mairie, avec leur carte d’électeurs (seuls les administrés de la ville peuvent voter). Ensuite, un simple site sécurisé par login/mot de passe fait l’affaire. On met les décisions au vote pendant quelques jours, et on s’y conforme à la fin. Impossible de la retrouver, mais je me souviens qu’une ville a mis en ligne une petite application de gestion du budget municipal. Les internautes font leurs choix avec des curseurs : 300 000 pour les ordures, 20 000 pour la piscine… Ils peuvent ensuite envoyer leurs propositions, mais le but est surtout de leur montrer les contraintes qu’impose la décision du budget.

Les votes peuvent difficilement se résumer à oui/non, alors il faudra donner des éclairages aux gens. On peut imaginer sur chaque page de vote, une tribune des partis au pouvoir, qui expliqueraient les avantages qu’ils voient à voter oui, ou les inconvénients de ce vote. Ça pourrait créer un comportement de Godillot, mais on ne peut pas envisager de présenter un avis neutre sur la question, de toute façon. Pour compléter, un système de « trackbacks » pourra présenter d’autres avis sur la question : quelqu’un fait un billet de blog sur le sujet, il met l’adresse en trackback, et le lien vers son article apparait sous la question posée.

Puisqu’il demande un effort réduit, on peut imaginer utiliser ce système sur beaucoup de choses. Des questions les plus triviales, comme celle de participer ou non au concours des villes et villages fleuris, aux sujets difficilement tranchés dans le débat public, et qui mériteraient de toute façon un référendum : faut-il légaliser le mariage homosexuel (bien sûr l’exemple ne s’applique pas ici, puisque les mairies n’ont pas le pouvoir de choisir ça !)

L’avantage est évident : le peuple est investi dans sa politique. Premièrement il s’éduque au travail politique et prend des décisions qui le concerne, ce qui a priori le satisfait plutôt. Et en plus, il suit la politique de son territoire, ne rejette pas systématiquement la faute sur les élus, les politiciens en général, bref, il fait de la politique.

Le désavantage est un ralentissement des processus : un maire ou un conseil municipal peut décider très rapidement d’autoriser ou non Henri Dès à venir chanter à la foire aux vins. Mettre en place un vote rallongerait la durée de décision, et consommerait des moyens (vote Internet au lieu de vote à main levée, écriture des tribunes…) Une autre barrière qui se dresse est le choix de ce qui est mis au vote des citoyens. Si le conseil municipal doit voter ce qui doit être délégué aux administrés, non seulement on perd du temps, mais on risque de se retrouver avec des questions dont l’issue sera toujours favorable à la majorité. Car si elle sent que les administrés seront d’accord avec elle, la majorité votera la mise aux urnes ; si elle prévoit un vote avec lequel elle n’est pas d’accord, elle fera voter ça en conseil municipal, pour être sûr de voir son choix acquis. Politique, politique…